01.03.2011
"there will always gonna be this little boy inside of me..."
De Stina
A Mathilde
Le lundi 28 du mois de février 2011
Ma chère Mathilde,
Il y a un fantôme dans ma chambre. Il se déplace dans mon dos, au fond, vers l'armoire, la cheminée blanche. Il passe aussi dans les salles de classes attenantes. Je suis allée faire pipi, et je crois qu'il est parti. Tant mieux, j'étais pas très à l'aise. Cette école va vraiment me manquer. L'appart est un peu vide, à cause des vacances. En fait, il n'y a que Baptistine et Esther. Et Corinne, la dame qui fait des études de théologie un jour par semaine. Mais elles sont dans l'autre aile, je me sens un peu seule avec mon pote invisible. "que no te veo no significa que no te oigo"
Je suis devenue accro aux jeux géographiques. Le mieux, c'est celui des fromages. C'est un bon moyen d'apprendre des trucs utiles pour la carto sans avoir envie de faire autre chose. Parce que le principe des révisions, c'est d'être assis à une table avec l'envie incompressible d'être ailleurs. C'est marrant d'être à Lyon sans devoir aller à l'école. Pouvoir profiter d'être en plein coeur de la presqu'ile sans impératif horaire autre que la messe de St Niz' à 19h. Ouaip, j'aime bien ma vie.
Je suis navrée pour jeudi soir, mais rentrer un jour plus tôt signifierai travailler deux jours de moins (pas jeudi et pas vendredi matin) Ce qui risque de ruiner mon programme de révisions. Je sais que vous vous amuserez aussi bien sans moi.
Baptistine vient de me faire part de son flip du moment dont elle a fait un cauchemard à l'instant: Elle a le pressentiment que cet été, un attentat aura lieu à Madrid, aux JMJ. C'est vrai que stratégiquement, ce serait bien visé pour certaines-organisations-islamistes-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom: plein de jeunes, chrétiens, de pleins de pays différents, surtout occidentaux. J'ai toujours voulu mourir glorieusement. En infirmière sur le front en 14, en résistante muette jusqu'au bout, en Antigone. Alors en martyr, pourquoi pas? Juste après mes vingt ans, ça me ferai mal, quand même. Bref, à part ça, cet article n'a rien de funèbre. Bon, il est minuit, je ferai mieux d'aller rattraper mes heures de sommeil.
Bien à toi,
Stina
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12.02.2011
"C'était comme une ville suspendue, de l'autre côté d'un voile..."
Samedi 12 février 2011
De Stina
À Mathilde
Lundi matin. 8h05. Trop tard pour aller en cours, à un métro près. Je marche sans me presser jusqu'à la place Quinet, celle avec le parthénon. La nuit n'en fini pas de blanchir, les jours grandissent déjà. Mais l'hiver est toujours là, mes doigts qui serrent les multiples sacs du lundi matin le sentent bien. Tout engourdis et glacés. J'hésite à mettre à profit l'heure libre que m'offre mon retard, en montant travailler en mezzanine. Elle doit être vide a cette heure-ci. Oh et puis non, je vais aller marcher un peu. Je bifurque au passage piéton et m'engage vers les quais, vers la passerelle du collège. Tout au bout de la rue, le fleuve, et sur l'autre rive, notre ancien lycée. Nous tous qui sommes aujourd'hui à cette heure en train de vivre des choses si differentes, à attendre des cours qui ne sont plus les mêmes, à ne plus attendre de cours du tout, à ne plus penser les uns aux autres comme à des éléments de notre paysage quotidien, juste de lointains souvenir qu'on aime a revoir de temps en temps. Mais à l'heure où je marche, je ne suis pas nostalgique. Non, au contraire, je me sens vivante et forte, je marche d'un pas fier, j'aime mes cheveux qui se soulèvent lourdement au rythme de mes pas et du vent froid s'engouffrant dans la rue. Je débouche sur les quais. Et j'ai le souffle coupé. Le ciel est immense au dessus du Rhône, la vue est large sur les grands immeubles blancs, élégantes façades XIX°, de part et d'autre de l'eau sombre. Le soleil s'est levé dans mon dos, il perce une rue perpendiculaire au fleuve, la rue le canalise puis il jaillit et éclabousse la rive opposée, se refletent sur les fenêtres, cela fait des plaques de métal en fusion sur les parements clairs. Mais ce qui me coupe le souffle, c'est la brume. Tout est rose autour de moi. De ce rose orangé que seul les matins froids et brumeux d'hiver peuvent avoir. Un rose lumière qui émane de toute cette brume matinale, moelleuse et opaque comme le sommeil qui se dissipe. Elle flotte au bout du fleuve, les voutes des ponts qui se suivent émergent à peine de ce brouillard de froid. Le ciel semble être fait de cette brume, qui s'estompe en une transparence d'aquarelle, rose, orangé très dilué, jaune insensible puis bleu, de plus en plus intense, frais, lavé par la nuit. Je suis sur la passerelle, cette étrange sauterelle blanche qui tremble sous les pieds des passants. Je remplis mes yeux et mes poumons de cet air si limpide. Une gros nuage mauve descend lentement le cours de l'eau, il avale un pont, fait disparaitre la coline de la croix-rousse, dont n'émerge plus qu'un immeuble flamboyant, qui disparait à son tour. Le nuage se rapproche. J'ai hate qu'il enveloppe ma passerelle, qu'il la dissolve. Soudain je pense à B. Yoshimoto, à la deuxième nouvelle, plus courte, au bout du livre. Je pense à la jeune fille qui sort courir tous les matins au lever du soleil et qui s'arrète un jour sur un pont pour sortir sa thermos et boire une tasse de thé vert, ce jour-là où elle rencontre Urara. J'ai envie de faire pareil. Je sors ma thermos blanche de mon bazar et verse le thé au jasmin. La petite tasse fume. J'ai l'impression que le monde m'appartient, que rien ne vaut le moment d'éternité, de poésie vivante et vivifiante, que j'ai volé à cette journée. Je pense à cette légende japonaise qui dit qu'il existe quelque part un pont, et un jour précis de l'année, à une heure précise, où se passe des choses étranges. Les gens sur le pont peuvent voir les fantômes qu'ils ont perdus, de l'autre coté. Les seuls fantômes que je voit sont les passants qui se pressent près de moi, inconscients à ce qui se passe autour d'eux. Le soleil est a peine plus vif, la lumière a peine moins rose, la brume légerement changée, l'heure magique est passée. Je range ma thermos et quitte la passerelle. Je serai à l'heure pour la deuxieme heure de littérature.
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27.12.2010
"Nuit de Noël! Amis soyez en fête, nuit de Noël! Qu'éclate votre joie!"
Le vingt-six décembre 2010
De Stina
à Mathilde
Ma chère Mathilde,
Encore une fois, cette lettre n'aura aucun n'interêt pour toi. C'est juste pour moi un moyen figer ce que je n'ai pas pu faire durer plus de deux jours.
J'espère que tu as bien célébré noël, après t'être en allée dans ton joli manteau rouge, tandis que j'attendais mon carosse sur le parvis de l'église, en grelottant sous la neige dans ma cape de bergère. Noël. Les deux jours les plus scintillants de l'année.
Je crois que je n'ai jamais vécu un noël si merveilleux. Absolument parfait. J'ai été exaucée en tout ce que je voulais. D'abord, la neige au réveil le vingt quatre. Je la sentais derrière mes volets clos, derrière le lin des rideaux tirés. Une lumière froide et pure. La seule raison qui a pu me faire sortir de mes nouveaux draps linvosges, ceux que j'ai dû harceler ma maman pendant un an et demi pour les avoir. Tu es amoureuse de ton manteau cher, et bien moi je le suis des mes draps chers-même-en-solde. (c'est une indienne dans les tons roses, avec des notes orangées et bleues). Ensuite, préparer la maison. Je veux passer ma vie à m'occuper d'une maison. Mon but ultime dans la vie: avoir une belle vieille maison, et des enfants à mettre dedans. Poser le glaçage sur les sablés, passer la serpillère, repasser la nappe, dresser la table, décorer. Me décorer. Du moins essayer… Accueillir, pour la première fois, tout notre petit monde, réduit par le divorce et le deuil, mais malgré tout rayonnant et tout endimanché. Karine, amaigrie mais toujours si jolie, avec son nez fin Desjardins, sa courte jupe grise. Et ses filles, si belles. Marine, avec son corps de rêve, toute en bleu sombre, avec une petite broche dorée, héritage. Louise, avec ses cheveux de soie noire, on se marre quand on constate qu'elle porte la même chemise que Marjorie. Mon pauvre Tonton, avec des bourriches d'huitres. Daniel, le parrain célibataire de ma soeur, qui avec sa bourrinitude habituelle, dès son entrée dans le salon lance sur le sapin quatre enveloppes à nos noms, qui s'accrochent à la volée dans les branches. Daniel est généreux, il ne pleure pas les billets de banque (le lendemain, les cousines s'étonnent de trouver trente euros dans leur enveloppe, alors que Daniel n'est que l'ami du frère de leur grand père…)
Elles s'étonnent aussi de la taille du sapin, un vrai qui touche au plafond, tout or et rouge. Vite, nous devons partir pour la messe, juste nous les filles. J'ai exhumé récemment un foulard de ma grand-mère paternelle, dont j'ignorais l'existence (le foulard, pas ma Mamie). Ma mère l'a qualifié de vieille pelure toute râpée, bonne pour la poubelle. Marine a protesté avec moi, du coup j'ai pu le porter à la messe. Au moment ou nous montons dans la voiture, arrive le frère adoptif de feu ma tatie, avec sa femme. Ils viennent de déménager vers chez nous, alors à l'enterrement, on leur a proposé de passer pour l'apéro le soir de noël. On se salue vite, chaleureusement, ils descendent rejoindre tout le monde au séjour, et nous partons en voiture sous la neige. La neige, mon seul vrai souhait pour ce soir. Nous trouvons de bonnes places assez devant, parmi les mémés et les jeunes fachons en avance depuis trois quarts d'heure. Evidemment, la femme qui chante n'echappent pas aux critiques acerbes de mes cousines, qui nous contaminent, et nous partons en fous rires méchants. Regarde-moi la avec sa paquerette sur la tête. "NO EL!! NO el!! accueillons la nouvelle!!" Le sermon du prêtre vaut son pesant de caramels mous "Mais c'est pas possible, il va se faire virer!" Pouffe Marine. Nous sortons au rythme des mémés et de leurs cannes. Le temps de discuter un peu avec toi. De retour à la maison, il reste quelques un de mes feuilletés d'apéritif. La table est belle, et tout est exquis. J'ai eu ma dinde. Depuis que je suis au CP (j'avais lu une histoire dans "J'aime Lire", avec une dinde de Noël, l'illustration était trop jolie) je rêve d'une dinde sur la table du révéillon, donc logiquement, douze ans après cette lecture marquante et formatrice, j'ai insisté pour avoir ma dinde farcie. Le repas dure encore vers deux heure du matin, les bougies s'éteignent une à une, met pas les conversations, les rires, et les souvenirs. Puis nous nous couchons finalement. Ma soeur dors dans ma chambre, pour laisser la sienne à son parrain. Comme quand nous étions petites.
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Quelques heures plus tard, je suis réveillée par le bruit de la douche. Nous nous levons, je prends ma soeur par la main et lui dit, comme avant "vient, on va voir les cadeaux!" Puis nous aidons maman, deja toute fraiche, habillée pomponnée, à dresser la table du petit dejeuner, au salon. Marine est belle même au réveil, en survêtement. Avant de manger (encore…) nous ouvrons nos paquets. Louise apprécie le sautoir fait main (qu'on s'est bien cassé les ongles dessus) et Marine la ceinture (qu'on a fait 15 magasins pour trouver) Je suis ravie de tout. Ce qui me fait le plus plaisir je crois c'est quand on me dit "Clem, on a trouvé quels cadeaux viennent de toi: c'est facile, les paquets sont trop beaux!" . Pain d'épices et sablés. Le petit déjeuner est le premier que nous prenions tous ensemble, et j'en suis si heureuse. Même mon pauvre tonton à l'air content d'être là. Bientôt Louise nous harcèle pour que nous allions jouer. "Et si on allais faire un cache-cache dans les bois!" Sur le chemin de boue gelée couvert de neige, on n'entend que nos pas et le bruit du froid. Je compte en première, et c'est trop facile de suivre les traces dans la neige, mais bientôt il y en a trop pour pouvoir tricher. Je suis bien contente d'avoir des cousines plus jeunes, ça me fait une bonne excuse pour m'adonner à mon jeu préféré. "nOel, NoEl accueillons la nouvelle!" chantonne Louise tellement faux, en mimant une paquerette sur sa tête. Quand nous rentrons, il est treize heure, et nous mangeons encore un peu, les restes. Le déjeuner s'éternise, pour le plaisir de tous. Ma soeur et moi dégainons les violons pour un petit duo de Mozart et un canon de Pachelbel, et pire que pour un concert ou une même une audition, je brule dedans et mes jambes fondent. Puis ils s'en vont, nous montons les sacs à la voiture, on s'embrasse, bonnes vacances au ski, merci pour tout, à bientôt.
Le temps de ranger, et l'on part souhaiter un joyeux noël à mon Papou trop vieux et asocial pour se joindre à nous. Il ronchonne même quand on lui fait des cadeaux -_- Mon grand père est un monstre sacré. Quand nous rentrons, il reste quelques cadeaux pour nous. Puis c'est tisane devant un dvd.
Deux jours seulement.
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